Sommes-nous toustes traumatisé.e.s ?
- Violet Grodent
- 12 janv.
- 6 min de lecture

C'est quoi le traumatisme psychique ? Y a-t-il des symptômes vraiment spécifiques au trauma ? Est-ce qu'on ne serait pas un peu toustes traumatisé.é.s finalement ? On décortique cela ensemble aujourd'hui pour tout comprendre sur le trauma, alors sortez vos cahiers !
C'est quoi en fait un trauma ?
Le traumatisme psychique est un évènement qui, par sa soudaineté et sa violence, entraîne un afflux de stimulations suffisant pour mettre en échec nos mécanismes de défense habituellement efficaces, selon Sophie de Mijolla. Notre psychisme est désorganisé, brouillé, et cet évènement entraîne généralement un état de sidération qui dure plus ou moins longtemps selon les individus.
Etre sidéré.e, c’est se sentir coupé.e de ses émotions, incapable de bouger ou de réagir. C’est biologique ! C’est pour cela qu’une victime de violences sexuelles ne peut pas se défendre sur le moment par exemple. Son cerveau l’en empêche, et elle ne peut rien à cela. Et c’est pareil pour n’importe quel être humain.
C’est ce que l’on appelle la réaction de gel psychique, ou freeze, une des quatres réactions que notre corps met en place automatiquement face à un danger pour nous protéger : fight-flight-freeze-fawn : combattre-fuir-figer-désamorcer.
Un schéma que je trouve particulièrement parlant permet d’illustrer le traumatisme, et il vient du concept de “vésicule vivante”, issu de Freud et repris par Lebigot. L’idée est de concevoir chaque bulle comme notre psychisme, avec un noyau comme cerveau au centre, le tout protégé par son contour que sont nos mécanismes de défenses habituels :

Schéma de la vésicule vivante (Violet Grodent Psychologies)
Vous remarquerez mes merveilleuses compétences de dessin sur Word :')
Le traumatisme vient donc effracter notre fonctionnement habituel voire créer un Syndrome de Stress Post-Traumatique (SSPT). Le traumatisme vient perforer notre membrane protectrice et greffer une image traumatique dans notre mémoire, qui reviendra à notre conscience sous forme de rêves, de flashbacks... Sans que cela soit contrôlé ou contrôlable.
Le traumatisme en statistiques
Il est important de savoir que chaque événement traumatique ne mènera pas forcément à un SSPT. En effet, on estime que 2% de la population générale souffrirait d’un SSPT, et les femmes sont 2 fois plus à risque d’en développer un au cours de leur vie.
À comprendre par un prisme systémique de violences patriarcales, sexistes et mysogines 😉
Concernant les personnes LGBTQIA+, des études de 2024 montrent que la prévalence de développer un SSPT se trouve entre 15% et 20% toutes personnes confondues, avec une explosion chez les personnes transgenres. En effet, entre 35% et 47% d’entre elles développent un SSPT – soit le taux le plus élevé parmi toutes populations confondues. Ainsi, ce taux est moins élevé chez les militaires ou vétérans de guerre ! Une nouvelle fois, la violence de la société actuelle envers les personnes minorisées explique cela, qu’elle soit systémique, intime ou familiale.
Pour qu’un évènement traumatique mène à un diagnostic de SSPT, il faut que les symptômes durent dans le temps. De plus, les troubles peuvent apparaître immédiatement après l’évènement, mais aussi de manière différée (notamment dans les cas de violences sexuelles). Lorsque les symptômes durent 1 mois ou moins après la survenue de l’évènement, on parle de stress aigu. C’est seulement lorsque les symptômes durent plus d’un mois que l’on parle de SSPT.
Ce qui n’enlève pas l’importance et la souffrance liée au vécu d’un stress aigu ! ☝️
Les conséquences du trauma
Pour comprendre concrètement les symptômes associés à la survenue d’un traumatisme, reprenons ensemble ce que dit le Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux dans sa version la plus récente (aussi appelé le DSM V), une des classifications mère des troubles mentaux sur laquelle les professionnel.le.s s’appuient pour réaliser des diagnostics.
Attention, cette liste n’a pas pour vocation de permettre un auto-diagnostic trop hâtif ! Restez vigilant.e.s et consultez un.e professionnel.le formé.e au psychotraumatisme.
Voici les symptômes recensés lorsque nous souffrons d’un SSPT :
Le syndrome de répétition, comme si le cerveau n’arrivait pas à se dégager de l’image traumatique, que l’événement était intacte à la conscience et qu’il venait de se produire. Il est observé par des reviviscences (des souvenirs répétitifs et envahissants), de plusieurs natures (odeur, son...) ;
Les rêves/cauchemars répétitifs : c’est un symptôme spécifique des personnes traumatisées. Ces cauchemars sont toujours les mêmes : tout est brut, violent, sans porte de sortie ;
La réaction du sujet s’est traduite par une peur intense ou un sentiment d’impuissance ou d’horreur ;
Des réactions physiologiques marquées : sudation, cœur qui s’emballe... lorsque des indices internes ou externes peuvent évoquer un évènement ressemblant à celui précédemment vécu ;
La présence de symptômes dissociatifs, avec 2 formes possibles : la dépersonnalisation ou la déréalisation. Cette dissociation peut se traduire par une amnésie (perte de mémoire) partielle ou totale, elle peut être rétrograde (de l’événement et tout ce qui s’est passé avant hors évènement) ou antérograde (tout ce qui va suivre l’événement). Ce sont des phénomènes très fréquents dans les SSPT ;
Des conduites d’évitement phobique : certaines pensées, certains souvenirs, certains lieux, certains activités et/ou certaines personnes en lien avec l’événement deviennent très inconfortables et sont la source d’un effort pour être évité.e.s, avec un retentissement dans la vie quotidienne de la personne;
Une altération de la cognition (la capacité à penser, à réfléchir), de l’humeur et de la réactivité : irritabilité, problèmes de concentration, d’attention, pertes de mémoire, hypervigilance, comportement autodestructeur, état émotionnel négatif persistant...
Pour poser un diagnostic de SSPT, il faut que l’ensemble des critères (qui n’ont pas été évoqués de manière exhaustive ici rendre le tout plus lisible) :
Durent plus d’un mois ;
Qu’ils entraînent une souffrance significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants ;
Ne doivent pas être liés à l’effet de médicaments ou autres substances.
De plus, il faut faire attention à ce que l’on appelle les comorbidités : d’autres troubles indépendants peuvent s’ajouter à un SSPT. C’est par exemple le cas de la dépression, qui touche 60% des personnes traumatisé.e.s lors du premier mois. Il y a également les troubles anxieux, qui touchent 45% de ces personnes, etc.
Les diagnostics sont donc des processus complexes et parfois longs, mais ne l’oubliez jamais : diagnostic ou non, votre souffrance est légitime et doit être absolument prise en compte !
Que dois-je faire si je suis en détresse ?
Il est important de rappeler qu’il est fortement déconseillé de travailler seul.e sur ses souvenirs et évènements traumatiques. En effet, notre mémoire traumatique étant très sensible et notre système nerveux dérégulé, une forte réactivation émotionnelle, entraînant un sentiment de détresse intense, peut vite arriver !
Si cela arrive, n’hésitez pas à contacter les numéros d’urgence en cas de besoin et de trop forte dérégulation émotionnelle, iels sont là pour ça. Voici un rappel des numéros utiles, à conserver précieusement :
Le 15 (SAMU). En cas de difficulté à entendre ou à parler : envoyez un SMS au 114 ;
Le 3114 (numéro national de prévention du suicide, gratuit, 7j/7 et 24h/24) ;
0800 19 00 00 (SOS crise : écoute et orientation pour obtenir de l’aide, service gratuit et anonyme, 7j/7, 9h/19h (seuls le prénom et le code postal sont demandés)) ;
0800 235 236 (Fil santé jeunes : destiné aux jeunes de 12 à 25 ans, numéro d'aide anonyme, 7j/7, 9h/23h)
Pour les Nancéien.ne.s et les Messin.ne.s :
03 83 85 12 56 (Unité d’Accueil des Urgences Psychiatriques, Nancy) ;
03 87 55 31 11 (Service de Psychiatrie d’Urgences et de Liaison - Centre d’Accueil et de Crise, Metz).
Faire part de vos souffrances et symptômes potentiels à des professionnel.le.s de santé est la solution la plus safe et pourra vous permettre de construire votre propre plan de gestion ;)
Qu'avez-vous pensé de cet article ? Le concept de traumatisme psychique est-il plus clair pour vous ? N'hésitez pas à me faire des retours en commentaires, je serais ravi de vous lire !
Sources :
Association, A. P. (2022). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders : DSM-5-TR.
De Mijolla-Mellor, S. (2003). Penser le traumatisme. In Victime-Agresseur. Tome 3 (pp. 63-71). Champ social.
Lebigot, F. (2009). Le traumatisme psychique. Stress et trauma, 9(4), 201-204.
William Peraud (2024). Webinaire : Les TSPT chez les personnes LGBTQIA+ - L'Association Française du Psychotraumatisme et de la Résilience (AFPR)
Le compte instagram de la psychologue clinicienne Fanny Terrisse (“La psy des couleurs cachées”), qui rend accessible de manière très pertinente du contenu autour du psychotraumatisme et d’autres sujets : @lapsy_descouleurscachees
Le site de l’association Mémoire Traumatique, lancée par la psychiatre et spécialiste en psychotraumatologie Muriel Salmona : memoiretraumatique.org



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